VIH-SIDA : quand l’illusion de la disparition nourrit un danger bien réel

VIH-SIDA : quand l’illusion de la disparition nourrit un danger bien réel

19 janvier 2026 0 By 223 Infos

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VIH-SIDA : quand l’illusion de la disparition nourrit un danger bien réel

« On n’en parle presque plus, donc beaucoup pensent que le VIH-SIDA a disparu. Pourtant, il est toujours là, silencieux, et continue de faire des victimes. »

Dans les rues de Bamako, dans les grins, sur les réseaux sociaux ou même dans certaines familles, une idée revient de plus en plus souvent : le VIH-SIDA n’existerait plus. Pour certains, la maladie serait devenue une simple « histoire du passé », dépassée par d’autres urgences sanitaires. Cette perception erronée constitue aujourd’hui l’un des plus grands dangers dans la lutte contre le VIH-SIDA au Mali.

Une maladie moins visible, mais toujours présente

Le VIH-SIDA n’a pas disparu. Il a simplement changé de visage. Grâce aux progrès de la médecine, de nombreuses personnes vivant avec le VIH suivent un traitement antirétroviral qui leur permet de vivre longtemps et en bonne santé. Mais cette avancée, aussi positive soit-elle, a paradoxalement contribué à banaliser la maladie. « Avant, on voyait les gens tomber gravement malades, aujourd’hui ce n’est plus forcément le cas. Du coup, les jeunes pensent qu’il n’y a plus de risque », explique un agent de santé communautaire (ASC) d’un quartier de la Commune I. Cette banalisation entraîne un relâchement des comportements de prévention : rapports sexuels non protégés, refus du dépistage, stigmatisation persistante envers les personnes vivant avec le VIH.

« Je vis avec le VIH, et je suis toujours là »

D.T (nom d’emprunt), 32 ans, vit avec le VIH depuis huit ans. Elle a accepté de témoigner pour briser le silence. « Quand j’ai appris mon statut, j’ai cru que ma vie était finie. Aujourd’hui, je vais bien grâce au traitement. Mais ce qui me fait le plus mal, c’est d’entendre des gens dire que le VIH n’existe plus. Moi, je suis la preuve vivante que si. » DT insiste sur un message essentiel : le VIH se traite, mais ne se guérit pas. « Les médicaments ne font pas disparaître le virus. Ils permettent juste de vivre avec. Si on arrête le traitement ou si on se comporte mal, la maladie revient plus forte. » Son témoignage rappelle une réalité fondamentale : le VIH est toujours présent et exige rigueur, responsabilité et solidarité.

Le danger du déni chez les jeunes

Selon plusieurs acteurs de la société civile, le déni du VIH-SIDA est particulièrement préoccupant chez les jeunes. Moussa, étudiant à Bamako, reconnaît que la prévention n’est plus une priorité dans son entourage. « On parle beaucoup d’autres maladies, mais le VIH, non. Beaucoup pensent que ça ne concerne que les autres ou que les médicaments règlent tout. Du coup, certains ne voient plus l’intérêt du préservatif. » Ce relâchement favorise les nouvelles infections, souvent détectées tardivement, lorsque le système immunitaire est déjà affaibli.

Le dépistage : un acte de courage et de responsabilité

Une conseillère en dépistage volontaire, insiste sur l’importance de connaître son statut.  « Se faire dépister, ce n’est pas une honte. C’est un acte de courage, pour soi-même et pour les autres. Plus le VIH est détecté tôt, mieux on vit avec. » Elle rappelle que le dépistage est gratuit et confidentiel dans de nombreuses structures de santé au Mali.

Changer les comportements, sauver des vies

La lutte contre le VIH-SIDA repose autant sur la médecine que sur les comportements individuels et collectifs. Les messages de prévention restent simples mais essentiels : se faire dépister régulièrement, utiliser systématiquement le préservatif lors des rapports sexuels, respecter son traitement lorsqu’on vit avec le VIH, refuser la stigmatisation et la discrimination.

Oumar, leader communautaire dans le village de Safo, lance un appel clair : « Le VIH n’est pas une punition. C’est une maladie. Tant qu’on continuera à la nier ou à stigmatiser les personnes concernées, on reculera au lieu d’avancer. » Le silence est l’allié du VIH. En parler, informer, sensibiliser et témoigner sont des armes puissantes pour freiner sa propagation. Les médias, en particulier la presse en ligne, ont un rôle crucial à jouer pour toucher les jeunes et déconstruire les fausses croyances. Croire que le VIH-SIDA n’existe plus, c’est baisser la garde face à un ennemi toujours présent. Le reconnaître, en parler et adopter de bonnes conduites, c’est protéger sa vie et celle des autres.

Bissidi Simpara

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