ÉDUCATION NATIONALE : la détresse silencieuse du privé
20 avril 2026Alors que les autorités de la Transition ont décrété l’année scolaire 2025-2026 comme celle de l’éducation, la réalité dans les établissements privés contraste fortement avec les discours officiels. Sur le terrain, promoteurs et enseignants dénoncent une situation critique, certains allant jusqu’à qualifier certaines décisions de purement symboliques, voire populistes.
Entre subventions impayées depuis trois ans, pressions bancaires croissantes et enseignants privés de salaires, le secteur privé de l’éducation, qui accueille pourtant une part importante des élèves orientés par l’État, semble s’enfoncer dans une crise profonde.
Le paradoxe est saisissant. D’un côté, une volonté affichée de faire de l’éducation une priorité nationale ; de l’autre, une asphyxie financière persistante. Partenaires historiques de l’État, les promoteurs d’établissements privés vivent aujourd’hui une situation qu’ils qualifient eux-mêmes d’intenable. Au cœur du problème : le non-paiement des subventions étatiques, véritable pilier de fonctionnement de ces structures investies d’une mission de service public.
Pour beaucoup, cette situation a déclenché un engrenage difficile à enrayer. Afin de construire, équiper et faire fonctionner leurs écoles, nombre de promoteurs ont eu recours à des prêts bancaires. Mais sans les subventions attendues, les remboursements accusent des retards, entraînant des pénalités lourdes qui aggravent davantage leur fragilité financière. « Nous sommes pris à la gorge », confie un promoteur sous anonymat. « Pendant que nous attendons l’État, les intérêts s’accumulent et c’est notre patrimoine personnel qui est menacé. »
Mais au-delà des promoteurs, ce sont surtout les enseignants qui paient le plus lourd tribut. Depuis le début de l’année scolaire 2025-2026, plusieurs d’entre eux n’ont perçu aucun salaire. Pères et mères de famille, ils se retrouvent dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins essentiels. Une situation alarmante qui pose une question fondamentale : comment garantir un enseignement de qualité avec un personnel démoralisé, précarisé et abandonné ?
Le silence qui entoure cette crise ne fait qu’aggraver le malaise. Pourtant, les conséquences sont déjà visibles dans les salles de classe. Débrayages à répétition, démotivation du corps enseignant, manque criant de matériel pédagogique : autant de facteurs qui compromettent sérieusement le niveau des élèves. Le paradoxe devient encore plus frappant lorsque l’on sait que l’État continue d’orienter des milliers d’élèves vers ces établissements privés, faute de capacité d’accueil dans le public, tout en ne respectant pas ses engagements financiers.
Face à cette situation, les promoteurs et acteurs du secteur lancent un appel pressant aux plus hautes autorités du pays, notamment au Président de la Transition. L’éducation des enfants maliens ne saurait être reléguée au second plan. Faire de l’éducation une priorité implique avant tout d’honorer les engagements pris envers ceux qui en assurent la mise en œuvre au quotidien.
L’heure n’est plus aux promesses, mais à des actions concrètes et immédiates. Le règlement des arriérés de subventions apparaît aujourd’hui comme une urgence absolue. Au-delà de la survie des établissements privés, c’est la crédibilité même du système éducatif malien qui est en jeu, ainsi que l’avenir de toute une génération.
D.D
223ifos.net avec La Sirène


