ACCORD DE DEFENSE MALI-RUSSIE : Poutine, Dimitri…et des seigneurs de la guerre

ACCORD DE DEFENSE MALI-RUSSIE : Poutine, Dimitri…et des seigneurs de la guerre

13 juillet 2019 0 By 223 Infos

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Secret défense ?  Eh non… Tout le monde  le sait déjà, du moins  tous ceux qui ont le souci des questions sécuritaires et de défense à travers le monde. Partout où le pays  de Viladmir Poutine a appuyé   militairement un pays, il l’a été par voie ‘‘officieuse’’  à travers les services du groupe ‘‘Wagner’’. Et le Mali qui a signé son pacte le 26 juin dernier, ne fera pas exception. Un avis partagé à l’unanimité. 

 

Le groupe ‘‘Wagner’’, il s’agit de cette société militaire privée russe créée en 2014.  Officiellement  non reconnu par l’Etat russe, le groupe  ‘‘Wagner’’a pourtant  servi au nom du pays de Poutine  partout il y a question de leur soutien militaire par ces dernières années : Syrie en  2015,  Centrafrique 2018 et  Venezuela en janvier 2019.

Le groupe ‘‘Wagner’’  a  pour fondateur et commandant militaire Dimitri Outkine. Lieutenant-colonel,  il est ancien des forces spéciales russes. C’est Dimitri  qui agit militairement au nom de l’Etat russe à travers le monde, pas avec l’armée russe, mais avec des mercenaires (lire interview : Mercenaires russes : ‘‘C’est une catégorie de gens qui ne peuvent pas vivre sans la guerre’’)

Le cas malien

Si rien n’a encore fuité à propos de l’accord militaire  intergouvernemental  signé entre le Mali et la Russie  le 26 juin dernier, les commentaires vont bon train  et avancent  la thèse d’une intervention  russe sur le sol malien. Ce, dit-on, au regard du surprenant coup médiatique qui a engendré les faits.  Et pour cause !

Cet accord  n’est pas  le premier  document établi au plan militaire entre le Mali et la Russie.  Le 28 mars 1994 à Moscou un protocole d’Accord de coopération militaire a été signé entre les deux pays,  un accord sur la coopération militaire le 25 mars 2003 à Moscou et un autre accord sur l’assistance technique et militaire le 21 décembre 2006 à Moscou. Si  ces trois  documents établis  comme  étant des instruments juridiques, sont passés presque inaperçus, ce n’est pas  le cas pour l’accord du 26 juin 2019 sur lequel les espoirs sont fondés.

En clair, et au regard de la crise sécuritaire  qui sévit,   pour l’opinion publique malienne  dans sa majorité, l’accord militaire maliano-russe, s’étend  jusqu’à l’intervention  militaire  tel que souhaité par des organisations de la société civile. Faut-il s’attendre alors à l’arrivée des soldats de l’armée régulière russe. Non ! Il faudrait s’attendre aux éléments du groupe Wagner.

L’une des  récentes  interventions des éléments  ou mercenaires du groupe Wagner sur le sol africain est celle de la Centrafricaine où ils sont depuis avec comme principale mission la fourniture d’armements et  la formation de militaires de l’armée centrafricaine qui avait en face une rébellion. Est-ce la même mission assignée à la Russie  pour le cas  du Mali confronté  à une lutte contre le terrorisme ? Les plus avertis  voient loin et ne doutent point que le groupe wagner ne tardera plus à fouler le  sol malien.

Et la France, le G 5 Sahel, la Minusma ? En réponse, il faudrait tout simplement retenir la présence de l’armée française et  celle des forces aunisiennes, n’ont pas empêché  le groupe Wangner d’accomplir sa mission.

 

 

 

NTERVIEW

Mercenaires russes : «C’est une catégorie de gens qui ne peuvent pas vivre sans la guerre»

Un chef de guerre qui collabore avec la principale société de mercenaires russes témoigne sur leur présence en Syrie et justifie que les corps ne soient pas rendus aux familles. Un problème qui pourrait être réglé après la réélection de Poutine, dimanche prochain.

Attirés par des salaires dix fois supérieurs à ceux des régions reculées de Russie dans lesquelles ils vivent, des combattants désœuvrés, souvent vétérans des guerres du Donbass, de Tchétchénie ou d’Afghanistan s’enrôlent comme mercenaires pour combattre là où l’armée régulière russe ne peut pas apparaître. L’un des chefs recruteurs collaborant avec le groupe Wagner, principale société militaire privée, raconte à la correspondante de France 24 en Russie le fonctionnement de ces missions couvertes par le secret d’Etat. Car il faut cacher l’existence de ces entreprises illégales en Russie, les contrats signés avec elles par les compagnies pétrolières liées au Kremlin et la mort des combattants mercenaires à leurs familles. Autant de petits cailloux dans la chaussure de Vladimir Poutine à quelques jours de sa réélection.

Quel est le but principal de la présence de Wagner en Syrie ?

C’est une lutte pour le régime d’Al-Assad. Une lutte pour le pétrole, pour gagner de l’argent. La raison d’être d’une société militaire privée, c’est de faire du profit. Ensuite, défendre les intérêts d’un Etat là où il ne peut pas faire usage de son armée régulière. Ce qui se passe en Syrie, d’un côté, c’est un combat contre le terrorisme mondial représenté par l’Etat islamique, et de l’autre, un engrangement de bénéfices au profit de notre pays, pour que la Russie puisse s’emparer d’un énorme marché de ressources pétrolières. Il faut lui en offrir le contrôle. J’estime que c’est juste. Cette guerre, ce n’est pas nous qui l’avons commencée, mais c’est à nous de finir le travail.

Pourquoi est-ce secret ? La Russie mène pourtant ouvertement une opération aérienne et maritime en Syrie, alors pourquoi cacher l’opération au sol ?

Parce qu’il s’agit avant tout d’intérêts commerciaux. Vous avez vu le battage médiatique que ces pertes de troupes au sol ont provoqué ? Et s’il s’était agi de troupes régulières ? Si les Etats-Unis avaient frappé l’armée russe au sol ? Qu’est-ce qu’on aurait ? Une troisième guerre mondiale.

Wagner est-elle la seule société militaire privée en activité en ce moment ?

Les premiers temps, on a vu apparaître d’autres entreprises de ce type en Russie. Mais elles ont vite été délogées du marché par Wagner. Il faut bien comprendre que pour survivre, n’importe quelle compagnie, n’importe quel business, a besoin d’un marché. Il y a eu quelques autres tentatives, mais la seule à avoir tenu et s’être développée, c’est Wagner, parce qu’elle a obtenu les contrats et qu’on l’a laissée entrer en Syrie.

Comment est financée la société Wagner ?

Elle signe des contrats avec les compagnies qui exploitent et raffinent le pétrole en Syrie pour la défense de leurs intérêts commerciaux. Pour ça, elle reçoit de l’argent. Sur le territoire syrien, les sociétés russes Lukoil et Gazprom Neft ont des usines. Mais Wagner travaille aussi avec des firmes étrangères. Engager Blackwater [SMP américaine qui s’est funestement illustrée en Irak, ndlr] – qui aujourd’hui, s’appelle autrement – ça coûte très cher. Notre entreprise militaire à nous coûte moins cher.

Comment se passe la coopération avec le ministère russe de la Défense ?

Le ministère de la Défense définit des objectifs de combat. Les mercenaires de Wagner agissent alors en tandem avec l’aviation russe, avec l’appui de l’artillerie, lors des missions communes. Mais, dans tous les cas, il y a une coopération. Ne serait-ce que pour l’aide matérielle. Le ministère de la Défense fournit aux mercenaires des armes, des munitions et des équipements. Mais cette coopération est hors la loi. Alors, officiellement, elle n’existe pas.

Quand ils signent, est-ce qu’ils savent comment seront traités les corps… ou le fait que leurs familles seront laissées dans l’ignorance ?

Si tu t’es enrôlé dans une société militaire privée, alors tu t’es vendu pour de l’argent à cette société. Elle peut t’utiliser comme bon lui semble. Tu n’as contractuellement pas le droit de désobéir. Ce qui va t’arriver après ta mort ? Tu seras réduit à l’état de viande hachée. Et les corps ? On les mettra dans un sac. On les scellera dans le zinc. On les enverra à la maison… dans le meilleur des cas. Dans le pire, on les enterrera sur place. Si tu n’as pas signé la clause comme quoi on ne doit rien dire à ta famille, on enverra de l’argent à tes proches avec un papier disant que tu es mort et enterré là ou là. Ou pas enterré du tout. Juste, «il est mort».Tenez votre pognon.

La société Wagner est-elle active dans d’autres pays à part la Syrie ?

A l’étape suivante, on entrera probablement en Libye. Egalement pour combattre les terroristes et les extrémistes, ainsi que pour défendre les intérêts de notre pays. Il y aura peut-être aussi d’autres gens envoyés ailleurs en Afrique.

Ce sont des informations vérifiées ou juste des rumeurs ?

Vous comprenez, je ne peux pas vous dire que «Wagner» – le camarade Outkine – m’a appelé directement et m’a dit : «Frère, dans un an, on entre en Libye !» Ce n’est pas comme ça que ça se passe. Mais lorsqu’on recrute des gens et qu’on les vaccine contre des maladies africaines, faut pas être con, on comprend tout de suite où ils vont être envoyés !

Vous, quel est votre sentiment par rapport à Wagner et la guerre en Syrie ?

Ma position est claire. Notre guerre, c’est le Donbass [région de l’est de l’Ukraine revendiquée par des séparatistes prorusses, ndlr].Mais à ceux qui doutaient de la guerre en Syrie, du genre «idéologiquement, ce n’est pas la nôtre, c’est une guerre pour le fric», je peux leur dire qu’après ce qui est arrivé, après que les Amerloques ont dégommé nos gars, on est prêts à y aller pour les obliger à rendre des comptes.

Est-ce souvent que des volontaires pour partir en Syrie viennent vous voir ?

Très souvent. Cinq à six personnes par semaine. Des jeunes, des vieux, qui ont de l’expérience au combat, d’autres qui n’en ont pas. Des cosaques et des civils. Ils cherchent à rejoindre la SMP. Ils me demandent ce qui les attend là-bas. Je leur explique brièvement, que personne ne va leur courir après pour leur torcher le cul : «Vous vendez vos acquis, vos atouts, votre vie.»

Est-ce qu’en ce moment, les combattants qui reviennent de la guerre dans le Donbass et ne parviennent pas à s’adapter à la vie ordinaire représentent un gros problème ?

Quelqu’un qui revient de la guerre a toujours du mal à s’adapter à la vie ordinaire. Parce que le type a fait la guerre pendant un an et demi, et quand il revient ici, où ira-t-il travailler ? Il sera agent de sécurité dans une supérette ? Où un jeunot de 18 ans à moitié bourré va lui expliquer la vie et le rabaisser ? Lui qui a pris l’habitude de régler tous ses problèmes en appuyant sur la gâchette, il a les mains qui le démangent. C’est une catégorie de gens, qu’on appelle les «hommes-guerre». Ils ne peuvent pas vivre sans la guerre. La société militaire privée les attend.

Quels sont les salaires mensuels des mercenaires ?

Les premiers gars qui ont été recrutés, c’était en 2015 si ma mémoire est bonne, les salaires allaient jusqu’à 450 000 roubles par mois (6 500 euros). En ce moment, les gens reçoivent 150 000 roubles et plus (2 100 euros), en fonction des missions effectuées. Certaines divisions sont des divisions de combat. Elles ont pris part aux assauts sur Deir El-Zor et Palmyre.

Est-ce que quelque chose va changer après ce combat ?

Un recrutement a été lancé pour compenser les pertes. D’abord, on a besoin de gens pour les rotations. Après trois mois de conflit, une partie du contingent doit rentrer à la maison. Il faut les remplacer. Ensuite, il faut remplacer les morts. Et enfin, il faut grossir les troupes, parce qu’on gagne du territoire. En avril, 500 à 600 personnes seront recrutées à coup sûr.

Quand doit-on rendre les corps aux familles ?

Sans doute après l’élection présidentielle du 18 mars. Et encore, par étapes. Pas tout d’un coup. Il y aura des petites cargaisons. Si dans une région, il y a 5, 6, 8 morts, on les rendra par un ou par deux aux familles. Si on les rend, bien sûr. Cacher les pertes ? Aucun problème. Là-bas, tous les moyens de communication sont coupés. De plus, les gens signent des contrats comme quoi ils ne doivent rien divulguer à personne. S’il y a des fuites, ils ne toucheront pas leur salaire. Leurs familles ne toucheront pas de compensation non plus. C’est pourquoi tous garderont le silence.

Elena Volochine

www.liberation.fr/12 mars 2018