Eaux et Forêts : le paradoxe des agents formés face à l’urgence environnementale

Eaux et Forêts : le paradoxe des agents formés face à l’urgence environnementale

22 septembre 2026 0 By 223 Infos

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Alors que le Mali fait face à une dégradation préoccupante de ses ressources naturelles, une situation interpelle : des forestiers formés seraient toujours en attente d’intégration dans la Fonction publique, tandis que les services chargés de protéger les forêts, la faune et les ressources en eau font face à un déficit d’effectifs. Une équation difficile à comprendre au regard des défis environnementaux auxquels le pays est confronté.

Le paradoxe mérite d’être posé. D’un côté, le Mali multiplie les initiatives en faveur du reboisement, de la restauration des terres, de la lutte contre la désertification et de la préservation de la biodiversité. De l’autre, les hommes et les femmes appelés à assurer la surveillance et la protection de ces ressources seraient encore trop peu nombreux sur le terrain.

Selon des informations recueillies auprès de forestiers, le corps des Eaux et Forêts souffrirait d’un déficit important de personnel. Les chiffres avancés évoquent environ un millier d’agents, dont une partie ne serait pas opérationnelle en permanence en raison notamment des maladies, des stages, des détachements ou d’autres situations administratives. Ces données doivent toutefois être actualisées et précisées par les autorités compétentes.

Le problème apparaît d’autant plus préoccupant que le Mali dispose d’un important patrimoine naturel. Le pays compte notamment 107 forêts classées et quatre sites Ramsar, auxquels s’ajoutent différentes catégories d’aires protégées. La mission des services des Eaux et Forêts couvre notamment la surveillance, le contrôle et la protection des ressources forestières, fauniques et hydriques.

Une question s’impose alors : comment assurer efficacement la surveillance d’un patrimoine aussi vaste avec des effectifs qui seraient insuffisants ?

Des forestiers formés, mais toujours en attente

C’est l’un des points qui suscitent le plus d’interrogations parmi les personnes concernées. Des jeunes ont été formés aux métiers des Eaux et Forêts et disposent, selon leurs témoignages, des compétences nécessaires pour répondre à une partie des besoins du terrain. Pourtant, certains d’entre eux attendraient toujours leur intégration dans la Fonction publique.

Cette situation soulève une contradiction apparente. Les besoins sont régulièrement mis en avant : surveillance des forêts classées, protection de la faune, contrôle des exploitations, lutte contre les feux de brousse, sensibilisation des communautés, suivi des ressources naturelles et application de la réglementation.

Les techniciens des Eaux et Forêts jouent notamment un rôle dans l’élaboration et le suivi des plans de gestion et d’aménagement forestier, le contrôle des exploitations et l’application des textes réglementaires.

Dès lors, une interrogation demeure : à quoi servent les investissements consacrés à la restauration d’une forêt si les moyens humains permettant d’en assurer durablement la surveillance ne sont pas à la hauteur des besoins ?

La question est loin d’être anodine. Le Mali est confronté à la sécheresse, à la désertification, à la déforestation, à la dégradation des terres et à la pression croissante exercée sur les ressources naturelles. Dans un tel contexte, la protection de l’environnement ne peut reposer uniquement sur des programmes, des projets ou des campagnes ponctuelles de reboisement.

Elle exige également une présence humaine permanente sur le terrain.

Quand l’insécurité complique davantage la mission

À ces difficultés s’ajoute la question sécuritaire. Dans plusieurs régions du pays, l’insécurité a profondément bouleversé l’accès aux espaces forestiers et la capacité des services publics à y exercer leurs missions.

Certaines zones difficiles d’accès et insuffisamment surveillées peuvent devenir des espaces échappant partiellement au contrôle administratif. Il convient néanmoins d’éviter tout raccourci : la crise sécuritaire malienne résulte d’une combinaison complexe de facteurs politiques, militaires, économiques, sociaux et territoriaux. Le déficit d’agents forestiers ne saurait, à lui seul, expliquer la présence ou l’expansion des groupes armés.

Il n’en demeure pas moins que l’absence de services publics dans certaines zones peut fragiliser davantage la surveillance du territoire et la protection des ressources naturelles.

Les agents forestiers eux-mêmes sont parfois exposés à des risques importants. Des témoignages font notamment état de l’assassinat de deux stagiaires dans la forêt classée du Baoulé au cours de la période 2021-2022. Cet épisode, qui mérite d’être documenté et confirmé par les sources administratives ou judiciaires compétentes, rappelle les conditions parfois difficiles dans lesquelles certains personnels accomplissent leur mission.

Une instruction présidentielle à vérifier

Autre élément qui mérite d’être éclairci : selon plusieurs témoignages recueillis auprès des personnes concernées, le président de la Transition, Assimi Goïta, aurait, à la suite de ces événements, demandé au département chargé de l’Environnement d’examiner les moyens permettant l’intégration des forestiers sortants dans la Fonction publique.

Cette orientation aurait également été évoquée publiquement par l’ancien ministre de l’Environnement, Modibo Koné, dans l’émission Malikura Taasira, numéro 24, selon les mêmes sources.

Si ces déclarations sont confirmées par les archives audiovisuelles de l’émission et par les documents administratifs correspondants, une question mérite d’être posée : où en est aujourd’hui ce dossier ?

Le changement de responsables ou la réorganisation d’un département ministériel ne devrait pas, à lui seul, faire disparaître une question qui touche à la fois à l’emploi des jeunes, à la gestion des ressources humaines de l’État et à la protection de l’environnement.

Restaurer les forêts ne suffit pas

Chaque année, des ressources importantes sont mobilisées par l’État et ses partenaires pour lutter contre la désertification, restaurer les terres, reboiser et préserver la biodiversité.

Mais une politique environnementale ne peut se limiter aux financements, aux projets et aux campagnes de plantation.

Une forêt nouvellement restaurée doit être surveillée. Les arbres plantés doivent être protégés. Les coupes abusives doivent être contrôlées. Les feux de brousse doivent être combattus. La faune doit être surveillée. Les populations riveraines doivent être accompagnées et sensibilisées.

Toutes ces missions nécessitent des hommes et des femmes sur le terrain.

C’est précisément là que se trouve le paradoxe : alors que le Mali a besoin de renforcer ses capacités en matière de protection environnementale, des agents formés affirment être toujours dans l’attente d’une intégration.

Le ministère appelé à clarifier la situation

La question dépasse donc le seul problème de l’emploi des jeunes forestiers. Elle renvoie plus largement à la capacité de l’État à exercer ses missions régaliennes en matière de protection des ressources naturelles.

Le ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable gagnerait à apporter des réponses précises à plusieurs interrogations : combien d’agents des Eaux et Forêts sont actuellement en service ? Combien sont effectivement déployés sur le terrain ? Combien sont en détachement, en formation ou dans d’autres situations administratives ? Combien de forestiers formés attendent leur intégration ? Quels sont les besoins réels en personnel pour assurer la couverture des forêts classées et des aires protégées ? Existe-t-il un plan de recrutement ou d’intégration ?

Et surtout, si le besoin en personnel est reconnu, quelles sont les raisons qui expliquent le maintien en attente de certains agents déjà formés ?

Ces interrogations ne constituent pas nécessairement une mise en cause des responsables du département. Elles relèvent d’une exigence de transparence et du débat public sur l’efficacité de l’action de l’État.

Dans un pays confronté à la désertification, à la dégradation des terres, à la pression sur les ressources naturelles et aux effets du changement climatique, la protection de l’environnement ne peut se permettre de négliger sa principale ressource : les femmes et les hommes chargés de la mettre en œuvre.

Former des forestiers sans leur permettre d’exercer leur métier peut, à première vue, sembler paradoxal. Il appartient désormais aux pouvoirs publics de clarifier la situation et de dire ce qu’il advient de ces agents.

Car au-delà des dossiers administratifs et des chiffres, une réalité demeure : une forêt ne se protège pas seulement avec des textes et des projets. Elle se protège aussi avec des hommes et des femmes présents sur le terrain.

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