EDITO : Kankou Moussa avait-il caché son or à Bamako ?
22 octobre 2026De quoi je me mêle, au juste ? Je n’ai pas reçu le moindre gramme, encore moins un billet de banque. Comment aurais-je pu en profiter, puisque je n’étais même pas sur les lieux du mariage ? Alors, pourquoi m’en mêler ? Peut-être simplement parce que, dans un pays où beaucoup comptent leurs pièces avant de dormir, voir des millions voler au-dessus des têtes a de quoi réveiller les curiosités ! Mais au fond, est-ce un crime d’exhiber sa fortune ? « C’est son argent, il en fait ce qu’il veut ! », répondra celui qui a eu la chance de ramasser quelques billets de 10 000 F CFA. Et il n’a pas tout à fait tort. Après tout, chacun est libre de dépenser son argent comme bon lui semble. Quant à moi, pauvre aigri qui n’ai vu que les millions défiler à côté de moi, je me contenterai de regarder le spectacle, faute d’avoir été invité.
Mais tout de même, une question me taraude : Kankou Moussa aurait-il caché une partie de son or à Bamako ? À voir certaines démonstrations de richesse, on finirait par le croire ! Le célèbre empereur du Mali, dont la générosité légendaire avait ébloui lors de son pèlerinage, aurait-il laissé quelques pépites entre les mains de ses héritiers bamakois ? Si tel est le cas, certains semblent avoir découvert la cachette avant les autres !
Reste une autre question, moins drôle : est-il vraiment nécessaire d’étaler autant de richesses en public, dans un pays où tant de familles peinent à joindre les deux bouts ? Bien sûr, l’argent n’a pas d’odeur. Il ne dit ni d’où il vient ni à qui il aurait pu profiter. Mais sa provenance, elle, mérite parfois qu’on s’y intéresse. Et que dire de ceux qui s’agitaient autour de la milliardaire Sininta, éventails à la main, pour que Madame ne transpire surtout pas sous le poids de ses millions ? Eux aussi ont peut-être eu leur part du bonheur, même si ce n’était qu’un peu d’air frais !
Au fond, qui peut juger ? Qui peut trancher ? Entre le droit de jouir de sa fortune et le devoir moral de ne pas narguer la misère, la frontière est parfois aussi fine qu’un fil d’or. Moi, je n’ai rien reçu. Pas un gramme, pas un billet, pas même une invitation à tenir l’éventail. Alors, je retourne à mes petites affaires, avec cette conviction : si Kankou Moussa avait réellement caché son or à Bamako, certains ont visiblement trouvé le coffre. Reste à savoir qui en détient la clé… et surtout, qui osera demander d’où vient l’or !
Abdourahmane Doucouré
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