JUDICIARISATION DE LA MEDECINE : l’Ordre des médecins de Bamako tire la sonnette d’alarme

JUDICIARISATION DE LA MEDECINE : l’Ordre des médecins de Bamako tire la sonnette d’alarme

10 juillet 2026 0 By 223 Infos

Sharing is caring!

Le Conseil régional de l’Ordre des médecins du district de Bamako s’inquiète de la multiplication des poursuites judiciaires visant les praticiens dans l’exercice de leur profession. Réunis le samedi 4 juillet 2026 à l’occasion de leur 6e Assemblée générale, les médecins ont consacré leurs travaux à cette problématique devenue préoccupante, sous le thème : « Judiciarisation de la médecine : protéger les médecins, préserver la confiance et garantir l’accès aux soins ».

Cette assemblée générale avait pour objectif d’évaluer les activités menées au cours de l’année écoulée, d’identifier les principaux défis auxquels la profession est confrontée et de définir les perspectives d’avenir.

Selon les responsables de l’Ordre, les contentieux entre les professionnels de santé et leurs patients connaissent une hausse inquiétante. En seulement huit mois, 21 interpellations de médecins ont été enregistrées dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions, dont sept se sont soldées par des incarcérations. Une situation jugée préoccupante par les praticiens, qui craignent qu’elle n’affecte durablement l’exercice serein de leur profession.

Pour le président du Conseil régional de l’Ordre des médecins du district de Bamako, Dr Siaka Diarra, cette judiciarisation croissante fragilise l’exercice médical, accentue la crainte de soigner et détourne les praticiens de leur mission première, à savoir assurer la sécurité du patient et la qualité des soins.

« La judiciarisation ne signifie pas automatiquement qu’il y a eu une faute médicale. Elle peut résulter d’un défaut d’information du patient, d’une communication insuffisante, de lacunes dans la tenue du dossier médical, d’une absence de traçabilité, d’un défaut de consentement éclairé ou, dans certains cas, de manquements réels aux règles déontologiques ou aux bonnes pratiques. Elle peut également découler d’un décalage entre les attentes du patient et ce que la médecine est réellement en mesure de garantir », a expliqué Dr Siaka Diarra.

Face à cette situation, le Conseil régional de l’Ordre estime que la meilleure protection du médecin demeure la qualité de sa pratique et le strict respect des règles éthiques et déontologiques. À cet effet, son président a invité les praticiens à renforcer leurs bonnes pratiques, notamment à travers une tenue rigoureuse du dossier médical, la qualité des actes cliniques, le respect des protocoles thérapeutiques, l’obtention du consentement éclairé des patients, l’observation des règles de déontologie et des limites de compétence, ainsi que l’inscription régulière à l’Ordre et le paiement des cotisations.

Présentant son rapport d’activités couvrant la période du 1er juin 2025 au 31 mai 2026, Dr Siaka Diarra a indiqué que le Conseil régional a poursuivi ses missions statutaires à travers la tenue régulière de réunions ordinaires, le suivi des dossiers disciplinaires et administratifs, l’accompagnement des médecins dans leurs préoccupations professionnelles ainsi que l’organisation de plusieurs sessions de formation et de renforcement des capacités.

Au cours de cette période, l’Ordre a notamment traité 161 demandes d’agrément, 63 demandes de visite technique, 45 demandes de licence d’exploitation et effectué 41 visites de terrain, entre autres activités.

Représentant le directeur régional de la Santé du district de Bamako, Pierre Kamaté a salué l’initiative du Conseil régional de l’Ordre des médecins. Il a invité les participants à approfondir leurs réflexions afin de proposer des solutions concrètes permettant de mieux prévenir la judiciarisation de la médecine, tout en apportant des réponses adaptées aux nombreux défis auxquels les professionnels de santé sont aujourd’hui confrontés.

Bissidi Simpara

223infos.net avec La Sirène